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5.

05 décembre, 4h30 du matin.
A bord du Proteus, 11 nautiques au large de Long Island.


Kathy suivit Arnold Budmera et le capitaine Haisselbak sur la passerelle de navigation. Ce dernier indiqua un écran d’ordinateur.
- Regardez, nous avons cinq signaux qui proviennent de balises sous-marines, et pourtant… (Il se dirigea vers un autre écran.) Le balayement du fond ne nous indique la présence que de quatre appareils. Les quatre que nous connaissons.
Kathy fit volte face, vers Budmera.
- Monsieur, êtes-vous sûr que vos ingénieurs n’ont pas placé une balise supplémentaire ? C’est tout à fait possible, par sécurit…
- J’ai personnellement supervisé le moindre détail de ce projet, je peux vous assurer qu’il n’y a pas cinq balises.
Un officier s’approcha et se pencha vers le capitaine.
- La tempête s’intensifie, elle est à présent sur nous. Il semble qu’elle se soit formée tout d’un coup, dans la mer des Sargasses, avant de fondre vers le nord.
Le capitaine Haisselbak s’adressa à son officier :
- Nous allons attendre que le temps s’améliore, je n’ai pas envie d’approcher des côtes dans ces conditions de navigation.
Le Proteus se mit à tanguer fortement. Dehors la pluie tombait avec une violence effrayante. Soudain, une gigantesque vague s’écrasa contre la proue du navire, depuis son poste d’observation, Kathy eut l’impression d’une explosion liquide contre la coque.
- Nous sommes en plein dedans, commenta t-elle, pas très rassurée.
- Soyez sans crainte, le Proteus ne risque pas grand chose, confia le capitaine.
Dans leur dos, l’homme en charge des communications s’agita nerveusement sur son siège.
- Capitaine, je capte quelque chose de… de bizarre.
- Comment ça, bizarre ?
- C’est très brouillé, on dirait un message de détresse et…
- Passez-le sur le haut-parleur.
Il y eut un grésillement puis des crépitements agaçants. Une voix surgit brusquement, tous perçurent le stress et l’inquiétude dans son ton :
« J’appelle la tour, ceci est une urgence, il semble que nous fassions fausse route, nous ne voyons pas la terre, je répète, nous ne voyons pas la terre… »
La suite fut noyée sous un flot discontinu de parasites.
- D’où est-ce que ça provient ? demanda Kathy.
Face à l’équipement high-tech des communications, le préposé haussa les épaules.
- Pas la moindre idée.
- J’ai peut-être quelque chose, fit un autre homme d’équipage. J’ai cinq échos radar qui volent à basse altitude. Avec la tempête, je dois me contenter du bon vieux radar basique, impossible pour le moment de lancer une identification informatique, tout est brouillé… En tout cas, ils se dirigent vers nous.
- Cinq appareils ? Au milieu de cet orage ? s’étonna le capitaine.
Les crépitements envahirent de nouveau les haut-parleurs :
« Chhhh…ici Vol 19…à vous … Fort Lauderdale, vous m’entendez.. ? »
Arnold Budmera porta une main à sa joue et se gratta nerveusement.
- Fort Lauderdale ? murmura t-il dans sa barbe.
Le capitaine se passa la langue sur les lèvres avant de penser tout haut :
- C’est sûrement une patrouille de l’armée…
- Ils se rapprochent, à faible vitesse s’il s’agit d’avions de chasse, fit remarquer l’individu devant le radar, peut-être une escouade d’hélicoptères, monsieur.
- Pas dans ces conditions climatiques ! Il ne manquait plus que ça… Essayez d’entrer en contact avec eux, je veux savoir s’il s’agit d’un SOS.

Dans son coin, Budmera se renfrogna subitement. Il vint se poster devant l’une des longues fenêtres de la passerelle. Il continuait de parler doucement, pour lui-même :
« Vol 19… Fort Lauderdale… Les Sargasses…»
- Combien d’échos radar avez-vous dit qu’il y avait? interrogea t-il finalement.
- Cinq, monsieur.
Sa main couvrit sa bouche.
- Et si… Non, c’est impossible…
Tous se penchèrent vers lui.
- Monsieur Budmera ? interrogea Kathy. Vous allez bien ?
Il leva les yeux vers elle avant de se tourner vers le responsable du radar :
- D’où provient ce Vol 19, ces cinq appareils ?
- Du sud, monsieur.
- Comme la tempête ? Je veux dire, on pourrait croire qu’ils viennent de la mer des Sargasses ?
- C’est bien trop loin…
- Mais en prolongeant leur sillage, on tombe bien sur la mer des Sargasses ?
- Euh… oui, oui on peut dire ça.
Kathy leva les mains vers le ciel, en guise d’incompréhension.
- Et bien, qu’y a t-il ? demanda t-elle.
Budmera émit un petit rire sec :
- La mer des Sargasses est plus connue sous le nom de Triangle des Bermudes.
Ayant entendu, le capitaine secoua la tête.
- Oubliez ces légendes, le Triangle des Bermudes n’existe pas.
- La mer des Sargasses est célèbre pour tous les marins, capitaine. Et sur un plan plus rationnel, c’est tout de même un lieu fort curieux. (Il refit face à Kathy.) Savez-vous ma chère qu’en dehors de toutes ces histoires de disparitions, la mer des Sargasses est l’un des très rares endroits où la boussole indique le nord géographique et non le nord magnétique ?
- Oubliez ces fadaises, insista le capitaine.
Budmera eut l’air soucieux, pourtant un éclat inattendu brillait dans ses pupilles.
- Et si c’était le Vol 19…
- Qu’est-ce que le Vol 19 ? voulut savoir Kathy.
Budmera chercha à s’asseoir.
- Une histoire que tout passionné d’aviation et de mystère a entendu au moins une fois, fit-il d’une voix atone. Et si c’était vraiment eux ?
- De quoi s’agit-il ?
- Le Vol 19 était constitué de 5 appareils, des TBM-3 Avengers de la Navy. Ils ont décollé de Fort Lauderdale le 5 décembre 1945 pour une simple mission d’entraînement. Mais une heure plus tard, la tour de contrôle recevait un appel étrange, incompréhensible. Plus personne ne revit les avions et les pilotes, ils disparurent comme par magie quelque part dans la mer des Sargasses. On n’a même pas retrouvé les épaves.
Après un silence, Budmera ajouta lentement, comme une litanie :
« Cinq appareils perdus… Le Vol 19… La mer des Sargasses… Fort Lauderdale… Tout est identique à ce message que nous entendons. »
Le capitaine fouetta l’air devant lui.
- Sauf votre respect monsieur Budmera, tout cela relève du mythe.
- Alors que captons-nous ?
- Les transmissions entre un groupe d’avions et une tour de contrôle de la côte, rien de plus.
Les yeux de Budmera roulèrent dans leurs orbites.
- Ne soyez pas obtus ! Ils s’adressent à Fort Lauderdale ! A plus de deux milles kilomètres d’ici !
Un des hommes de la passerelle fit un bond, interrompant les deux hommes.
- Capitaine ! Les cinq balises sous-marines viennent de s’éteindre, je n’ai plus de signal.
Aussitôt, ce fut au radar de s’exclamer :
- Les cinq appareils approchant ont disparu de mon écran ! C’est… Ils étaient là il y a un instant et puis… plus rien…

***

 


 

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