3.
04 Décembre 2011, 15h.
Océan Atlantique, par 42 mètres de fond, 11
nautiques au large de Long Island.
 Kathy
tenait une petite plaque métallique dans le creux de
la main. Elle était reliée à la bâche
étanche qui recouvrait l’avion. Dessus était
inscrit : « BLERIOT B1- XI – A MOTEUR GNOME DE
50 CH - 1909 ». L’épaisseur de l’enveloppe
protectrice était plus prononcée ici, peut-être
parce que l’appareil que Kathy devinait au travers était
très ancien et en partie constitué de bois et
de toile, il fallait le préserver au maximum.
Encouragée
par sa trouvaille, elle nagea jusqu’à l’aéronef
qu’elle supposait militaire. Elle n’eut pas à
chercher bien longtemps avant de trouver une plaque similaire.
Cette fois il était écrit : « RAFALE M
– M88-2 – 2001 ». L’autre plaque portait
la mention d’un Airbus et la dernière confirma
ce que Kathy avait pensé : Boeing 737. Ce fut en passant
sous l’aile de ce 737 qu’elle fit la découverte
la plus importante. Une autre plaque en métal était
accrochée à la toile sur le réacteur.
Elle lut « MOTEUR CFM56-7B20 ». Suivait un long
numéro de série écrit à la main.
Elle prit
sa petite ardoise et recopia toutes les informations.
Cette fois,
elle tenait une piste.
Le temps
de faire tous les paliers de décompression pour remonter
et de reprendre ses esprits, le soleil déclinait sur
l’horizon. Kathy demanda l’accès à
un bureau avec fax-téléphone et connexion Internet
et prit un rapide repas.
La tête
renversée sur le dossier du fauteuil, elle réfléchissait.
Elle revit l’immense bâche ondulante sur le corps
du 737.
Qu’est-ce
que ces quatre avions font là ? Tous alignés
vers l’ouest… Train d’atterrissage sorti,
parfaitement posé sur le sol.
On avait
pris soin de les recouvrir d’une matière bizarre,
étanche, elle semblait presque organique. Au-delà
de tout, c’était cette attention qui troublait
le plus Kathy. Pour quelle raison aurait-on mis là
ces appareils ? Ni la FAA, ni le NTSB ne croyait à
cela, les autorités ignoraient le pourquoi de cette
histoire. Pour le moment.
Pour
quelle raison avait-on mis ces quatre avions sous l’eau,
avec un tel soin ? Et qui ?
Tout cela
au cours des dix derniers mois.
Kathy s’empara
de ses notes, elle observa le numéro de série
du réacteur.
- Il est
temps de passer aux choses sérieuses ma grande…
Elle se
connecta à Internet, commença avec les moteurs
de recherches traditionnels avant d’en trouver des plus
pointus concernant l’aéronautique. En moins d’une
heure elle savait déjà que le réacteur,
un CFM56-7B20, était fabriqué par CFMI (société
commune 50/50 entre Snecma et General Electric) et que ce
modèle là était destiné en particulier
à équiper la famille des Boeing 737 Nouvelle
Génération, la version 7B20 avait été
mise en service à partir de 1997. C’était
déjà un début. Elle apprit également
qu’ils étaient toujours fabriqués, bien
que le programme de recherche TECH56 ait œuvré
de 1999 à 2003 sur la création de nouveaux moteurs,
les CFM étaient toujours très compétitifs.
En poussant
encore plus dans les détails, Kathy découvrit
que les numéros de série des moteurs étaient
aujourd’hui tous inscrits au travers d’un code
barre, y compris ceux des CFM56-7B20 à partir du début
du siècle. De plus, les numéros de série
commençaient par un chiffre correspondant à
une zone géographique du monde. En un quart d’heure,
elle trouva que le sien provenait de la zone Europe, donc
de St Quentin, en France, site de construction des CFM avec
Evendale aux Etats-Unis.
Sur son
calepin, elle nota : « Moteur fabriqué entre
1997 et 2001-2003 ( ?) en France. »
 Les
heures filaient sans que Kathy ne remarque que de l’autre
côté du grand hublot, le paysage avait été
absorbé par un voile d’encre. Par intermittence,
un éclair déchirait les ténèbres
au loin, claquant sur l’océan comme le franchissement
du mur du son. Les gouttelettes qui s’écrasaient
contre la vitre se transformèrent en grosses taches
opaques.
On frappa
à la porte.
Le capitaine
Haisselbak entra, la casquette dégoulinante.
- Le petit
grain prévu est devenu tempête, annonça
t-il. Et par dessus ça, on vient de nous annoncer que
Mr Budmera, le propriétaire de la Bell-Trans, venait
nous rendre visite. Vous avez du nouveau ? Quelque chose à
lui donner ?
Kathy fronça
les sourcils. Arnold Budmera était un multimilliardaire
qui possédait à peu près tout ce qu’il
était possible d’avoir dans ce pays. Sa venue
en pleine nuit sur un navire d’une de ces « petites
» compagnies était pour le moins surprenante.
- Le grand
patron en personne ? Pourquoi se déplace-t-il ?
- Cette
histoire a dû remonter jusque lui, il vient pour jauger
de la situation, je suppose qu’il est aussi intrigué
que nous le sommes tous. Et puis c’est son argent qui
s’envole pendant ce temps. Quoiqu’il en soit,
j’ai essayé de leur dire d’attendre demain
matin, que la tempête passe, mais ils n’ont rien
voulu savoir à New York, le patron est dans l’hélico,
il va arriver.
Kathy désigna
l’écran de l’ordinateur.
- Très
bien, je fais ce que je peux, ça avance. Prévenez-moi
s’il cherche à me voir à propos de…
tout ça.
Haisselbak
acquiesça et disparut.
Kathy poursuivit
ses recherches, essayant de joindre quelqu’un en France,
avec le décalage horaire, il était maintenant
presque huit heures là-bas. Elle y parvint à
sa troisième tentative. Grâce aux informations
qu’on lui donna, elle retrouva la trace du moteur. Et
surtout, on lui communiqua le numéro de l’appareil
sur lequel il avait été monté. De là,
elle n’eut aucun mal, avec un peu de temps, à
suivre le parcours du Boeing 737. Son rachat d’une compagnie
à une autre.
Jusqu’à
ce qu’il soit retiré du service. Récemment.
Il était
quatre heures du matin lorsque Kathy parcourut un article
de presse dans les archives Internet d’un grand quotidien
new-yorkais. L’article lui avait été suggéré
par le moteur de recherche du journal, lorsqu’elle avait
tapé le nom des principaux actionnaires de la compagnie
aérienne.
Ce qu’elle
lut lui fit lâcher son stylo par terre.
Maintenant
qu’elle avait la moitié de la solution, tout
devenait encore plus confus.
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