Snecma.com - Le Webmag English - Infos pratiques - Contact  
 
Accueil > Histoires > Anticipation  


 

 


2.

04 Décembre 2011, Début d’après midi.
A bord du Proteus, 11 nautiques au large de Long Island.


La tension des membres d’équipage saturait la passerelle de navigation, tissant un maillage électrique entre chacun.
Au milieu de tous les écrans et les témoins lumineux, Kathy Linbaum se tenait à côté du capitaine, face à un appareil ressemblant à un écran radar.
- C’est un système relativement récent d’analyse des fonds marins. Couplé à plusieurs appareils de mesures, non seulement il nous redessine une carte très précise de ce qui se trouve sous le Proteus, avec le relief, mais il calcule la puissance des courants, et cerise sur le gâteau : il est relié à une base de données aussi complète que possible sur la nature géologique du fond.
- C’est avec ça que vous avez détecté les avions ? voulut savoir Kathy.
- Tout à fait. Vous devez comprendre qu’une mission comme celle-ci coûte très cher, et des études du parcours du câble à travers l’océan sont d’abord effectuées pour délimiter exactement la route à suivre. Cet « examen » du fond marin de notre route a été fait il y a moins d’un an sur la zone que nous traversons. Et je peux vous assurer qu’aucun relevé n’indiquait la présence… d’avion. Ils n’étaient pas là il y a dix mois.
Il avait hésité avant de prononcer le terme « avion ». Tout cela semblait si inconcevable. Quatre appareils de tailles différentes, posés sur le sol par plus de quarante mètres de fond, et tous pointés dans la même direction !
- Vous m’avez préparé ce que j’ai demandé dans l’hélicoptère ? demanda Kathy.
Le capitaine hocha la tête.
- Le matériel de plongée vous attend. J’espère qu’il y aura une combinaison à votre taille. L’eau est plutôt froide par ici. Par chance, il n’y a quasiment aucun courant au-dessus des aéronefs. Pour la météo, on prévoit du grain dans la nuit, d’ici là tout est calme.
- Parfait capitaine, montrez-moi tout ça.
Celui-ci paraissait troublé, après quelques secondes il fixa la jeune femme et l’interrogea :
- Vous… Vous allez descendre toute seule ?
Repoussant une mèche rousse et fronçant le nez elle répliqua aussitôt :
- C’est mon boulot. Et croyez-moi, j’ai déjà fait bien pire…

La combinaison étanche en Néoprène la moulait parfaitement, Kathy ajusta l’ordinateur de plongée à son poignet. C’était lui qui allait la surveiller pendant tout ce périple. Il lui indiquerait la durée des temps de palier et tout aussi important : l’état de son mélange synthétique, l’Heliox. L’Heliox était parfait pour une plongée de cette profondeur. Constitué d’hélium, il était plus léger et moins narcotique que l’azote habituel. C’était avant tout un mélange réservé à la plongée industrielle.
Un officier observait Kathy qui vérifiait une dernière fois son matériel. Curieux, il demanda :
- Vous en connaissez un bout sur la plongée sous-marine, c’est votre boulot ?
- J’ai eu l’occasion de pratiquer…
Décelant un caractère « vif », il préféra la laisser se concentrer.
Vingt minutes plus tard, le canot qui avait quitté le Proteus s’immobilisa à une centaine de mètres du navire. Kathy se mit à l’eau, elle était glaciale, nettoya son masque et adressa un rapide signe aux trois hommes qui la contemplaient depuis le canot.
Puis tout son corps disparut de l’autre côté du miroir ondoyant.

Elle parcourait le dégradé de bleu, quittant le saphir rassurant, elle palmait vers les profondeurs ou le cyan tirait de plus en plus vers le noir. Comme à chaque plongée, elle avait mis quelques minutes à s’habituer à la respiration uniquement buccale, c’était tout sauf naturel, l’essentiel de la respiration terrestre étant nasale. Elle soignait ses mouvements, contrôlant sa flottabilité pour économiser son énergie.
Kathy vérifia l’ordinateur à son poignet. Le d-GPS (d pour différentiel, plus précis puisque utilisant une balise à terre en plus des satellites) correspondait aux coordonnées données par le capitaine. Elle était sur le bon axe. Déjà plus de trente mètres sous la surface.
Les géants d’acier n’allaient pas tarder à apparaître.
La jeune femme continua le palmage ventral jusqu’à ce que l’énorme masse sombre du fond ne devienne proche. A deux mètres du « sol » elle passa en palmage grenouille, plus fatiguant, mais qui ne risquait pas de soulever des tonnes de sable. Elle ne voyait rien d’anormal.
Il apparut d’un coup. Sa silhouette colossale transperça la brume des profondeurs.
Un gigantesque avion de ligne.
Il était entièrement bâché, recouvert d’une toile étanche qui lui conférait l’apparence d’un spectre dont les haillons tremblaient dans un vent invisible. Ici, dans ce monde de silence et d’obscurité, il ressemblait à un oiseau singulier, assoupi par le froid de l’Atlantique. En s’approchant, Kathy vit l’immense bâche frémir contre la carlingue, elle eut l’impression que l’oiseau avait la chair de poule.
Ses nombreuses missions l’avaient amenée à séjourner si souvent dans les aéroports qu’elle en avait tiré une connaissance plutôt complète des avions civils et de leurs particularités. Et malgré son voilage épais, Kathy discernait les principales caractéristiques de celui-ci.
L’eau déformait les perspectives, Kathy réalisa que l’appareil n’était pas aussi vaste qu’elle l’avait d’abord pensé. En fait, il était même plutôt petit comparé à d’autres avions de ligne. C’était certainement un monocouloir. Elle nagea doucement le long de la voilure. Il y avait un moteur sous chaque aile mais aucun à l’arrière du fuselage ou sous la dérive. D’emblée, les noms d’Airbus A 320 et de Boeing 737 lui vinrent en mémoire.
Elle s’arrêta soudain avant de glisser contre l’empennage horizontal. Kathy vida complètement l’air de ses poumons et son buste s’inclina vers le bas. Bien maîtrisée, la respiration permettait de modifier son assiette. En une grande économie de mouvement, elle descendit jusqu’à poser un doigt sur le fond marin. Ce qui venait de la perturber était bien là. Elle l’avait vu dans son ensemble sans en réaliser l’importance.
Le train d’atterrissage était sorti, gainé de sa toile étanche à l’étrange texture.
L’avion était parfaitement posé sur le sol.
La pellicule qui recouvrait l’avion était semblable à une house aux proportions démesurées, des appendices de l’enveloppe venaient s’articuler sous les ailes et sur les trains d’atterrissage avec une précision étonnante. Cette fibre laiteuse épousait parfaitement les courbes de la structure, même au niveau des roues, avec une étanchéité infaillible. Ceux qui avaient fait cela disposaient d’un savoir-faire incroyable, un « art » sans pareil. Il y avait du génie dans ce décorum sous-marin.
Allez Kate, tu es là pour trouver une solution… se dit-elle. Sauf que d’habitude, j’ai des interlocuteurs en face de moi et pas… ça.
Elle progressa encore sur quelques mètres avant de voir l’ombre d’un autre appareil un peu plus loin.
Il ne lui fallut pas plus de quinze minutes pour répertorier quatre avions. Celui qu’elle considérait à présent comme un Boeing 737, un autre gros porteur, bien plus large et long, certainement celui qui avait été repéré en premier, et deux engins de taille modeste, probablement un de type militaire et un très vieux modèle.
Alors que sa main gantée caressait l’aile de ce dernier, son œil fut tout d’un coup attiré par un reflet métallique.
Elle s’approcha et s’empara de l’objet en question.
C’était un début de réponse.

***

 


 

> Anticipation

 



 
© 2003 Snecma | Tous droits réservés | Informations légales

  Agrandir le dessin
Communiqués
Articles
Interviews
Brèves
Photos
Dessins
    Le salon est terminé.
Tous les rendez-vous
Snecma au Bourget
Dossier de Presse
Vidéos
Un siècle de Snecma
Histoire du Groupe
Flash back
Anticipation