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04 décembre 2011.
Siège de la Bell-Trans, New York.
 C’était
tout simplement impossible.
- Voulez-vous
répéter cela, s’il vous plait ?
Kathy Linbaum
frotta ses mains moites contre sa jupe. Non, c’était
impossible, du jamais vu.
Face à
elle, Roy Tanning déglutit et recommença pour
la énième fois son exposé :
- Il y
a deux jours, un de nos navires, le Proteus, qui tire des
lignes de câble dans le fond des océans a remarqué
sur son sonar la présence d’un objet métallique
de grande taille. Le Proteus était en début
de mission, à moins de 12 nautiques de nos côtes
lorsqu’il a repéré l’objet en question
reposant par 42 mètres de fond. Un avion.
Kathy connaissait
la suite, elle l’avait mémorisée. La route
maritime du Proteus avait été calculée
longuement à l’avance, avec étude des
fonds marins et rien n’avait été détecté,
l’avion était donc là depuis peu. Pourtant,
dés sa présence confirmée, le capitaine
du Proteus avait lancé une demande de renseignement
auprès de la FAA et du NTSB qui avaient tous deux affirmés
avec certitude que c’était impossible. Aucun
appareil n’était manquant, la présence
d’un avion de grande taille dans cette zone était
impossible. Néanmoins, l’écho palpitait
toujours, décrivant les contours caractéristiques
d’un avion immense.
Roy Tanning
s’agita sur place, dansant d’une jambe à
l’autre.
- Le Proteus
est arrêté, la direction voudrait que vous vous
chargiez d’éclaircir tout cela, le plus rapidement
possible.
Kathy leva
les bras au ciel.
- Le navire
ne peut-il pas faire un détour de quelques centaines
de mètres ?
- C’est
exclu, la route du câble est prédéfinie
depuis dix mois, elle suit une fosse peu profonde et modifier
son tracé ferait perdre du temps et beaucoup d’argent.
Ils veulent que vous régliez le problème.
Kathy ferma
les yeux un court instant et inspira. C’était
toujours sur elle que ça tombait.
Tu
ne pouvais pas être serveuse ou informaticienne, non
? Il fallait que tu choisisses le job le plus tordu possible
!
De fait,
Kathy Linbaum occupait une fonction tout à fait singulière
au sein de la Bell-Trans. Elle était en charge du département
des imprévus. Du moins était-ce là le
nom qu’elle lui avait donné. Département
composé d’une seule et unique personne : elle.
Son travail était simple, il consistait à gérer
tous les problèmes que la compagnie pouvait rencontrer
sur le terrain, partout où ni les avocats, ni l’argent
ne pouvaient mettre tout le monde d’accord. Sa dernière
mission en date avait porté sur l’élaboration
d’un consensus entre la compagnie et un lobby de pêcheur
pour qui la construction d’un barrage allait bouleverser
les petites habitudes. La politique de Bell-Trans était
de ne jamais forcer, et Kathy intervenait pour trouver des
solutions profitant à tout le monde, non sans quelques
difficultés…
Kathy releva
la tête vers Tanning et acquiesça.
- Et c’est
urgent comment ?
Tanning
haussa les sourcils.
- Au point
qu’un hélicoptère passe vous prendre dans
deux heures, vous avez à peine le temps de foncer chez
vous et de prendre votre trousse de toilette et des vêtements
propres.
C’était
à chaque fois la même chose.
 Un
hélicoptère Dauphin l’attendait sur le
toit du building, une antique version motorisée par
2 Arriel 2C2, mais toujours aussi performant dont le rotor
tournoyait en émettant un sifflement mécanique.
Dans sa hâte, Kathy n’avait pas pris le temps
de se changer, elle courait sous les pales en tenant d’une
main son sac de voyage et de l’autre les pans de sa
jupe. A peine était-elle installée, les mèches
de ses cheveux roux redisposées en place, que déjà
Manhattan n’était plus qu’une esquisse
floue sur l’horizon.
Sous le
ventre blanc du Dauphin, l’océan atlantique défilait
pareil à un miroir de saphir. Il ne fallut que quelques
minutes à l’appareil pour parcourir la distance
et s’approcher en tournant du Proteus. A cette altitude,
Kathy discernait un trait noir en guise de côte, et
le navire ? malgré son imposante taille ? semblait
bien isolé, à l’instar d’une oasis
dans le désert. Kathy remarqua qu’il était
en mouvement et s’en étonna. N’était-il
pas supposé attendre au-dessus du mystérieux
avion ?
L’appareil
se posa sur l’hélisurface, à l’avant
du Proteus, l’arrière étant dédié
aux énormes machines déroulant le câble
dans le fond des eaux. A peine dehors, Kathy fut saisi par
les embruns salins du large, elle tituba sous le souffle des
pales et se dirigea vers le petit groupe d’hommes qui
l’attendait. Le capitaine la scruta attentivement, surpris
par le contraste entre la silhouette élégante
et son air un peu gauche. Elle s’approcha et lui tendit
la main.
- Capitaine
Haisselbak je présume ?
Il hocha
la tête.
- Bienvenue
à bord du Proteus mademoiselle Linbaum.
- Merci.
(Elle montra l’océan tout autour d’eux.)
Je ne pensais pas que vous aviez repris votre route.
Le capitaine
Haisselbak haussa les sourcils, l’air tout à
coup déconcerté.
- J’ai
donné l’ordre de faire de grands cercles autour
de l’avion que nous avons détecté en dessous
de nous.
Interloquée,
Kathy posa son sac à terre.
- Pourquoi
ça ? demanda t-elle.
- Parce
qu’il y a une heure, nous avons détecté
un autre appareil. Beaucoup plus petit, puis deux autres,
à quelques mètres du premier. Tous de taille
différente, ils semblent comme posés au fond…
Cette fois
Kathy laissa apparaître sa consternation.
- Mais
il y a bien plus surprenant encore, lâcha le capitaine.
- Quoi
?
- Eh bien,
ils sont… ils sont tous alignés dans la même
direction, vers l’ouest.
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