Le 3 septembre 1939, la France déclare
la guerre à l'Allemagne. Ce mois-là, 500 moteurs
seront produits par Gnome et Rhône. En 1940, 1 000
moteurs par mois sortiront de ses usines. Malheureusement
les sociétés de construction d'avions, nationalisées
en 1937 et qui n'ont pas pu achever leur réorganisation,
ont du mal à faire face aux cadences de production
nécessaires au conflit.
Plusieurs
avions capables de rivaliser avec le tout nouveau Messerschmitt
BF109E allemand sont mis en service précipitamment :
Bloch 152 à moteur Gnome et Rhône 14N en 1939,
Dewoitine 520 à moteur Hispano-Suiza 12Y en 1940. Le
très moderne bimoteur de reconnaissance Bloch 174 motorisé
par Gnome et Rhône sera produit à quelques exemplaires.
Ce sera la monture d'Antoine de St Exupéry, pour la
mission de reconnaissance au dessus d'Arras décrite
dans son célèbre livre " Pilote de Guerre ".
Quant au très prometteur Arsenal VG 33 motorisé
par Hispano-Suiza, il ne sera pas opérationnel et arrivera
trop tard pour la bataille de France.
1939 - 1944 : la France perd son avance
De
juin 40 et à mi-44, Gnome et Rhône et Hispano-Suiza,
comme l'ensemble de l'industrie française, sont contraintes
de travailler pour l'occupant allemand. Gnome et Rhône
poursuit sa propre production de moteurs et participe à
celle des moteurs BMW. Pendant les heures sombres de l'Occupation,
les membres de la direction restent en place. Ils tentent
de préserver les hommes et l'outil de production, alors
que l'entreprise mène une action de contre-productivité
et de sabotage soutenue : la société produit
8 500 moteurs pendant les 55 mois d'occupation, alors que
les allemands en prévoyaient 25 000 ! S'y ajoutent
les sabotages de moteurs, la poursuite d'études secrètes
et la protection des travailleurs réquisitionnés
pour le STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne.
En 1941, Gnome et Rhône absorbe la SNCM, ancienne
Société des Moteurs et Automobiles Lorraine.
L'état de l'entreprise se dégrade de plus en
plus avec la fin du conflit : en mai 1944, la grande usine
de Gennevilliers, qui abrite notamment les fonderies de Gnome
et Rhône, est entièrement détruite par
un bombardement américain.
Pendant l'Occupation, l'industrie française
a accumulé un retard technique considérable
sur celles des autres alliés. Les Etats-Unis notamment
ont produit en 1944 plus de 250 000 moteurs. Elle doit rattraper
les avancées américaines (Pratt et Whitney,
Wright, Allison), britanniques (Rolls-Royce, Napier, Bristol),
et surtout allemandes (Daimler-Benz, BMW et Junkers). Par
ailleurs, la France est complètement absente de la
propulsion par réaction.
Reconstruction et création de Snecma
En 1945, l'activité industrielle aéronautique
française est à reconstruire : les usines sont
détruites, les programmes dépassés, la
productivité en chute. Les moyens industriels de Gnome
et Rhône sont réduits : l'occupant a transféré
de nombreuses machines en Allemagne et la plupart des usines
ont été bombardées par les alliés.
La production reprend avec la réparation des
chars américains Sherman. Les commandes d'armement
chutent, la société diversifie alors ses produits
en fabriquant des tracteurs, des écrémeuses,
des autoclaves, des mitraillettes et… des motocyclettes.
Hispano-Suiza,
de son côté, par achat de licence ou en coopération,
produira des moteurs Nene, Tay et Tyne, et motorisera les
avions Mistral, Vampire, Ouragan ...
Pour restructurer l'industrie des moteurs d'avions,
le gouvernement français nationalise Gnome et Rhône
le 29 mai 1945 et crée la " Société
Nationale d'Etude et de Construction de Moteurs d'Aviation ",
Snecma.
Snecma
regroupe sous son nom la plupart des motoristes précurseurs
de la naissance de l'aviation : Gnome et Rhône, Renault,
Lorraine. Elle est certes la plus ancienne société
de moteurs d'avions au monde mais son retard technologique
est considérable. Tout en maintenant la production
de moteurs à piston Hercules (licence achetée
à la Bristol Aerospace Company) qui équiperont
les Noratlas jusqu'en 1964, Snecma s'oriente dès la
sortie de la guerre vers le développement du moteur
à réaction. Le moteur à piston est dépassé,
le terme " puissance " est obsolète,
on parlera désormais de " poussée ".
Le " groupe O " et la famille Atar
Entre 1945 et 1964, Snecma contribue au redressement
de l'industrie aéronautique française grâce
à son président Henri Desbruères. En
1945, il crée les départements " Essais
et vol " et " Réaction " qui réparera
les turboréacteurs américains Pratt & Whitney
et britanniques De Havilland. Le département Réaction
de Snecma séduit des ingénieurs de la société
Rateau, spécialisée dans la turbopropulsion,
afin de développer un turbopropulseur. Deux modèles
(appelés "TA" de 1 500 et 5 000 ch) seront
produits mais abandonnés 10 ans plus tard.
Comme
les gouvernements américain, anglais et soviétique,
le gouvernement français s'intéresse aux avancées
technologiques allemandes et en particulier au docteur Oestrich,
responsable de la division turboréacteur chez BMW (Bayerische
Motor Werke). Ce dernier s'installe avec une équipe
technique de 120 ingénieurs allemands au bord du lac
de Constance, à Lindau-Rickenbach, dans une ancienne
usine Dornier : le groupe O est né. Le turboréacteur
Atar sera sa plus grande réussite.
Rattaché
à la Société Voisin, filiale de Snecma,
le groupe O de l'Atelier aéronautique de Rickenbach,
est chargé de concevoir un turboréacteur français
s'inspirant du BMW 003. L'appellation de l'Atelier est reprise
pour donner son nom au premier réacteur qui sortira
de l'usine : l'Atar (ATelier Aéronautique de Rickenbach).
Une nouvelle ère s'ouvre pour les moteurs militaires.
Le 26 mars 1948, l'Atar 101 V1 tourne en développant
une poussée de 1,7 tonne.
Ces moteurs signent avec brio le renouveau des ailes
françaises en équipant les avions de combat
Dassault : Mystère, Super-Mystère, Vautour,
Etendard, Mirage III, IV, V. Pour la première
fois depuis la guerre, des avions en escadrilles vont être
motorisés par des moteurs français.
Le
29 novembre 1952, un Mystère II vole avec un Atar
101D. En 1958, débutent les essais en vol du Mirage
III A, qui atteint rapidement Mach 2 en palier,
performance réalisée pour la première
fois en Europe. Quant au bombardier Mirage IV (1er vol
en 1959), propulsé par deux Atar 9D, il bat,
le 19 septembre 1960, le record du monde de vitesse
en circuit fermé à 1 820 km/h. La coopération
Snecma - Dassault fait connaître au Mirage un grand
succès à l'exportation.
Tout en poursuivant le développement de l'Atar,
le motoriste Snecma se fait avionneur en développant
de 1952 à 1959 un programme d'avion à décollage
vertical. L'Atar C 400 P2, appelé " Atar
volant ", effectue son premier vol de démonstration
en 1957, suivi par la construction du C 450, " Coléoptère
", avion expérimental à aile annulaire.
En juillet 1959, le crash du C 450, dont le pilote sortira
gravement blessé mais vivant, mettra fin à ce
programme.
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