La première guerre
mondiale verra la première utilisation des avions dans
un conflit. L'industrie française des moteurs d'aviation
regroupe des spécialistes et des industriels de l'automobile
tels Darracq, Peugeot et Hispano-Suiza. Gnome et Le Rhône
fusionnent pour devenir l'un des grands motoristes mondiaux.
Naissance de la société Gnome et Rhône
D'abord concurrentes, Gnome et Le Rhône décident
finalement de se rapprocher. Le 12 Janvier 1915, la Société
Gnome absorbe la Société Le Rhône de Louis
Verdet, et devient la " Société des moteurs
Gnome et Rhône ".
Entre
1914 et 1918, Gnome et Le Rhône produisent environ 25 000
moteurs en France. Près de 100 000 moteurs français
seront construits en France ou à l'étranger
sous licence. Il est alors courant de voir des pilotes de
chasse français, anglais ou américains, affronter
leurs homologues allemands et autrichiens dans des avions
équipés de moteurs…français. Par exemple
le Rhône 9C équipera le Fokker triplan de l'allemand
Manfred von Richthoffen, "le Baron Rouge", pendant
la première guerre mondiale.
Pendant la première guerre mondiale la société
Gnome et Rhône motorisera des avions français
et étrangers avec ses moteurs à une ou deux
étoiles. De 50 à 150 ch, la gamme de puissance
de ses moteurs permet de multiples utilisations. Le Rhône
9J de 110 ch devient le moteur le plus produit de l'époque.
Il équipe les plus grands : Caudron, Nieuport, Morane,
Hanriot mais aussi Bristol (Grande-Bretagne) ou Fokker (Allemagne).
Hispano-Suiza conteste les Gnome et Rhône
L'augmentation
de la puissance des moteurs rotatifs est vite limitée
par l'augmentation de la masse tournante, induisant un couple
gyroscopique inacceptable pour le pilotage de l'avion. Dès
1915, l'arrivée d'un nouveau moteur fixe en ligne
signé Hispano-Suiza change la donne. Cette société
créée en France en 1911 par Marc Birkigt et
Damian Mateù, développe ce nouveau type de moteur.
Renault et Lorraine prennent aussi le tournant du moteur fixe
en ligne.
Dès 1916-1917 les moteurs en ligne Hispano-Suiza
constituent une grande part de la production française,
obligeant Gnome et Rhône à partager les victoires
militaires aériennes. La configuration fixe des moteurs
en ligne leur permet d'atteindre de nouvelles gammes de puissance,
passant de 150 ch en 1916 à plus de 300 ch en 1918.
Les
moteurs Hispano-Suiza équiperont de nombreux avions
de chasse dont les célèbres Spad de l'as
français Guynemer. " L' Hispano "
de 1918 développera 345 ch avec une puissance massique
supérieure à celle des rotatifs ne pouvant dépasser
les 240 ch. A la fin de la guerre Hispano-Suiza aura produit
près de 50 000 moteurs.
Technologiquement, cette course à la puissance
sera facilitée par l'arrivée des compresseurs
mécaniques et des turbocompresseurs, invention
de Auguste Rateau. Quelque 20 ans plus tard, les moteurs en
ligne turbocompressés seront toujours en service.
La première guerre a dynamisé l'industrie
aéronautique : le moteur en ligne a gagné du
terrain sur le moteur en étoile très peu produit
en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Hispano-Suiza et Gnome
et Rhône se partagent alors le marché de la motorisation
aéronautique.
Mais
au lendemain de la guerre, les avions de combat, leurs moteurs,
leurs pilotes et leur mécaniciens n'ont plus de travail.
Quelques semaines après l'armistice, Latécoère
ouvre la première ligne postale entre Toulouse
et Barcelone. En 1919, plusieurs dizaines de sociétés
de transport aérien françaises auront déjà
établi des lignes aériennes en Europe. Il faut
maintenant voler, plus vite, plus haut, plus loin… malgré
la chute des commandes militaires.
Gnome et Rhône face à la crise : l'avènement
du Jupiter
A la sortie de la guerre, Gnome et Rhône, comme
d'autres, doit faire face aux difficultés : les
commandes militaires s'effondrent. La société
diversifie alors ses activités en réalisant
châssis et moteurs pour automobiles Rolland Pilain et
Picard-Pictet, moteurs diesel Ansaldo, réfrigérateurs,
machines à coudre, marteaux-piqueurs. Parallèlement,
Gnome et Rhône investit un nouveau marché que
Snecma exploitera jusqu'en 1963 : les motocyclettes.
En 1921, l'entreprise achète à la firme
anglaise Bristol Aeroplane Company la licence d'un moteur
en étoile fixe qui sera vendu partout dans le monde
: le Jupiter. Développant jusqu'à 480
CV, le Jupiter équipera une centaines d'avions militaires
et civils français (Spad, Dewoitine, Bréguet,
Potez et autres), néerlandais (Fokker), allemands (Junkers,
Dornier, Heinkel), italiens (Piaggio) et soviétiques
(Polikarpov). Sa puissance et sa fiabilité seront aussi
utilisées pour les besoins spécifiques réclamés
par les hydravions et les gros porteurs.
En 1922 Paul-Louis Weiller, fils d'entrepreneur
et as de la guerre, succède à Laurent et Amédée
Seguin à la tête de Gnome et Rhône. Il
recentre la production autour du moteur d'avion, tout en maintenant
une production significative pour le marché naissant
de la motocyclette.
Conforté
par les succès du Jupiter (qui bénéficiera
d'une garantie sans panne de 200 heures, Paul-Louis Weiller
achète en 1923 à Bristol Aeroplane la licence
du Titan, un moteur 5 cylindres en étoile de
230 ch. Nouveau succès. En 1930, plus de 6 000
Jupiter et Titan auront été produits et vendus
par Gnome et Rhône. Ils motoriseront une centaine de
types d'avions et d'hydravions. Gnome et Rhône sera
alors le plus important exportateur français de moteurs
aéronautiques.
De leur côté, Renault et Hispano-Suiza
continuent le développement du moteur en ligne refroidi
par liquide. |