«
A ce jour nous avons réalisé
300 heures de vol, expliquait Dennis O’Donoghue,
pilote d’essais de Boeing venu avec le 777-300ER au
salon du Bourget. Chaque vol dure de 4 à 10 heures
en moyenne. Nous testons l’appareil à des masses
différentes au décollage et à l’atterrissage,
ainsi qu’en croisière. La plupart des vols se
font depuis Boeing Field, à Seattle. Nous ferons en
revanche les essais par vents de travers sur différents
terrains dans le monde, en fonction des conditions climatiques
que nous pourrons rencontrer. Les essais de décollage
sur un moteur ont été faits sur la base de l’US
Air Force d’Edwards (Californie) où la très
longue piste et l’environnement particulier nous ont
offert de bonnes conditions de sécurité. »
Pendant les vols d’essais, l’équipage est
composé à l’avant de deux pilotes et d’un
ingénieur navigant d’essais. Ce dernier dirige
le travail des autres ingénieurs installés dans
la cabine principale et lance les différentes étapes
du vol. On compte en règle générale de
9 à 22 ingénieurs à bord de l’avion,
selon l’étendue des mesures à effectuer.
L’équipage d’essais est le plus étoffé
lorsque l’avion part pour un vol combinant plusieurs
essais : mesures de performances au décollage, à
l’atterrissage, en croisière, test de stabilité
et de contrôle etc. Le tout avec différentes
valeurs de masses et de positionnement du centre de gravité.
Des ballasts remplis d’eau placés
en cabine, permettent de faire varier le positionnement du
centre de gravité vers l’avant ou vers l’arrière
pour mesurer les réponses de l’avion. «
Nous disposons de 12.000 livres (un peu plus de 6 tonnes)
de ballast qui peuvent être transférées
vers l’avant ou l’arrière de l’avion
en 2 minutes
30 » souligne l’ingénieur Jeri Haggard.

Un autre point important des essais concerne
les opérations sur un seul moteur qui sont réalisées
sur la base d’Edwards. « L’avion est
équipé d’un compensateur automatique de
poussée asymétrique (TAC), détaille
Dennis O’Donoghue. Lorsque l’on coupe un moteur
au décollage, l’avion corrige seul l’asymétrie
de la poussée qui en résulte. C’est très
confortable et sécurisant pour le pilote qui n’a
pas à appliquer lui-même d’effort sur le
palonnier. Il suffit de continuer le décollage comme
en condition normale. Le moteur qui reste est si puissant
que la montée se fait facilement ». Dans
le cas où l’avion perdrait un moteur à
la masse maximale de décollage, avec des conditions
atmosphériques très défavorables, le
moteur restant pourrait être utilisé dans le
mode « overboost » qui fournit un surcroît
de puissance, au-delà des 115.000 livres habituelles.
Inversement, les moteurs (GE90-115) sont si puissants que
les pilotes peuvent choisir, en conditions normales, de décoller
en réduisant volontairement de 10 à 20% leur
puissance.
Ancien pilote de chasse au sein de l’US
Marines Corps, Dennis O’Donoghue avoue volontiers qu’il
n’a jamais disposé d’autant de puissance
sur un avion…

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