Avec
la signature officielle le 28 mai dernier d’un contrat
pour la fabrication de 180 A400M, Airbus s’engage définitivement
dans l’aventure militaire.
« Comme pour les avions civils il y a trente ans, nous
avons identifié un marché de niche que nous
allons occuper immédiatement avant de l’agrandir
» expliquait Richard Thomson, directeur commercial de
Airbus Military, au cours de la conférence de presse
qui s’est tenue le 17 juin dernier au Salon du Bourget.
« Notre objectif est ensuite de nous installer durablement
sur le marché de l’aviation de transport militaire
».
Ce marché de niche est fait du trou
capacitaire qui existe actuellement entre les avions tactiques
comme le C-130 Hercules ou le C-160 Transall et les avions
de transport stratégiques dont le C-17 est la figure
emblématique.
L’A400M fera le lien entre ces deux familles d’appareils
très différents.
« Cet avion
représentera un remarquable compromis, poursuit
Richard Thomson. Sa motorisation avec quatre turbopropulseurs
d’environ 10.000 cv en fera un appareil à hélice
très rapide, capable d’emporter dans une soute
de 4m de haut et autant de large des engins de transport de
troupe blindés, des hélicoptères de combat,
toute sorte de matériels militaires encombrants et
lourds, dans la limite de 37 tonnes ».
Avec une charge utile de 30 tonnes, l’A400M disposera
d’une autonomie de 4540 kilomètres. Sa vitesse
lui offrira une allonge stratégique, tandis que son
train d’atterrissage et sa motorisation garantiront
d’excellentes performances tactiques. Les moteurs seront
des TP400-D6 développés par le consortium européen
EuroProp International (EPI) dans lequel Snecma Moteurs dispose
d’une part de 28%.
«
Dès le lancement du programme, l’A400M
a également été conçu pour servir
de ravitailleur » souligne Richard Thomson. Il
sera possible de faire de l’avion de transport un ravitailleur
en installant simplement des nacelles de ravitaillement sous
les ailes. L’opération prendra moins de deux
heures. Tous les appareils seront fabriqués avec l’installation
carburant nécessaire. L’avion européen
disposera en option d’un point de ravitaillement placé
dans l’axe du fuselage qui lui permettra de ravitailler
avec plus de facilité les avions lourds. Grâce
à sa large plage de vitesse, l’A400M pourra d’ailleurs
ravitailler aussi bien les hélicoptères que
les avions de combat.
Agissant au nom des sept pays
partenaires du programme, l’OCCAR (Organisation conjointe
de coopération en matière d’armement)
a passé commande le 29 mai dernier d’un total
de 180 avions auprès d’Airbus Military. Mais
l’avionneur compte bien doubler ce chiffre en exportant
l’avion dans des pays tiers. Un marché potentiel
de 470 appareils dans 56 pays a été identifié,
qu’il s’agisse de satisfaire des besoins nouveaux
ou de remplacer des appareils anciens. Parmi les acheteurs
potentiels figurent les pays de Scandinavie, l’Australie
ou encore le Canada. « Nous serons satisfaits si
nous vendons 200 appareils en dehors des pays partenaires
dans les vingt ans qui viennent » expliquait David
Jennings, responsable du marketing de Airbus Military.
Reste à construire et
faire voler l’avion, qui n’existe encore que sur
le papier. Airbus Military doit pour cela faire face à
un calendrier serré, qui ne compte que 77 mois entre
la signature du contrat et le premier vol qui est prévu
pour le début de l’année 2008. La livraison
des premiers appareils doit intervenir en 2009 auprès
des armées de l’air française (qui est
client de lancement avec 50 A400Mcommandés) et turques
(10 appareils commandés). L’Allemagne commencera
à recevoir les premiers de ses 60 exemplaires en 2010.
L’année suivante ce sera au tour de la Grande-Bretagne
et de l’Espagne (respectivement 25 et 27 avions). La
Belgique et le Luxembourg recevront leurs avions (8 au total,
tous mis en œuvre par la Belgique) à partir de
2017.
D’ici là, et si tout va bien, les appareils vendus
à l’exportation seront devenus majoritaires sur
les chaînes d’assemblage.
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